Espagne et Portugal. 3500 km d’est en ouest, sur Honda CrossrunnerTexte et photos Didier Lamourelle

Un sacré parcours de 3500 km sur Honda  crossrunner (année 2011).
France Espagne, méditerranée, Cordoue.. Evora au Portugal et retour Espinho... Leon en Espagne et direct Bordeaux avec des conditions météorologiques difficiles d'un parcours de 20 jours seulement, 12 réellement parcourus.

5 heures du mat'…

Cela fait trois mois maintenant que j’attends de partir. Ce matin je suis réveillé depuis 5 heures. Il pleut, il pleut fort, très fort, je le savais, la météo l’avait bien prédit.
Je patiente, je regarde la webcam du col du Somport car je voudrais passer par les Pyrénées pour m’économiser de la fatigue, et du temps aussi. Rien à faire, en haut il neige et il fait -1%. Je ne passerai pas par là, ce n’est pas raisonnable.

Gros plan sur mon Crossrunner de 2011

Il est totalement révisé, pneus neufs, plaquettes, huile et tous les filtres. Seule la chaîne et les plateaux ont une espérance de vie courte et mon mécano m’a conseillé de lubrifier l’ensemble régulièrement… J’ai un moment de doute mais j’accepte la possible casse.

Accalmie, je tente le tout pour le tout !

Il est 8h30 ce samedi 6 avril, la météo annonce une accalmie et du soleil au pays basque. La pluie à travers ma fenêtre semble moins dense. Je peux voir à travers la lumière jaune des lampadaires les grosses gouttes s’espacer.

Mon sac étanche SW-Motech est prêt, il n’y a plus qu’à l’installer sur la selle, le sangler, m’habiller avec mon pantalon de hockey imperméable trouvé dans une boutique de déstockage pour 5 € et partir.

Sitôt la porte battante franchie, la pluie me tombe dessus, dure, froide, pénétrante d’emblée. Il n’y a aucune accalmie. Mais quand on a décidé de partir loin on y va. Un résident me le fera remarquer dans le sous-sol du parking :
«Bien courageux avec ce temps ! »
Chaque motard sait que dans ces moments-là nous sommes concentrés sur l’objectif et que la pluie est notre pire ennemie.

L’A 660 qui mène à Bayonne est un enfer !

121 Espagne Portugal 01Jamais je n’avais vu cà de ma vie de motard. En 35 kilomètres je suis lavé, lessivé, je sens l’eau s’infiltrer doucement, et j’ai oublié de me protéger les oreilles avec les bouchons mousses. Je m’arrête à l’aire de Cestas sous la pluie, mes papiers dans mon blouson sont trempés et mon téléphone prend l’eau. Je mets l’ensemble dans les valises de la moto, je me bouche les oreilles et tel un robot je continue, concentré sur l’espoir de l’arrivée du soleil prévu par Météo France.

Les camions espagnols me baignent dans un brouillard d’eau épais, je double, je m’éloigne, je persiste, quelques gouttes passent même dans la visière antibuée. Au pays basque vers Bayonne il fait enfin beau.

Me voici en Espagne !

Le passage au péage à San Sebastian me pose un souci de carte bleue qui ne passe pas. Heureusement j’ai du liquide dans la poche de mon jean, je peste et je m’inquiète car je viens de la recevoir, j’ai récemment changé de banque.

En suivant je me dirige vers Pampelune et Saragosse. La route est belle, sinueuse à souhait, je reste humide, je ne peux pas toucher à mes papiers sinon tout va se déchirer et rendre carte grise et assurance illisibles.

Enfin je prends du plaisir, la montagne est belle, les hauteurs enneigés, je bois régulièrement avec la bouteille d’eau que j’ai laissé volontairement attachée à mon sac, l’eau fraîche me permet de rester dans l’action. La route est longue mais belle, bien tracée, propre, agréable, sans surprise, on y voit loin devant, les tunnels bien éclairés s’enchaînent régulièrement. C’est très plaisant, je suis heureux.
Comme lors d’une sortie précédente, les effluves des lisiers de cochons sont de nouveau bien présentes, et mon odorat reconnaît de très loin le moment où je vais croiser un camion de transport pour l’abattage ou un élevage industriel pas très loin de la route.

La nationale qui doit me mener à Teruel où normalement j’ai prévu ma première halte pour passer la nuit, est comme le reste, toujours aussi propre. Mais la fatigue et le stress m’ont fait consommer beaucoup d’énergie, et je pense sérieusement à revoir mon point de chute. Il fait assez froid et les nuages noirs au loin ne prévalent rien de bon.

Galère : de petits grêlons tombent !

La plaine espagnole est assez monotone et maintenant je dois trouver un hôtel rapidement, il est 16h. En passant je vois un hôtel de routier qui me semble familier. Incroyable, c’est exactement celui que j’avais repéré sur Google Earth plusieurs jours avant au cas où… Dès que je m’arrête la pluie est là, des petits grêlons tombent. Il reste des chambres. Je mets la moto à l’abri et monte me réchauffer.

Ceux qui roulent connaissent les effets de l’hypothermie et le temps qu’il est nécessaire d’attendre pour se réchauffer. Dans la chambre je ne peux pas me déshabiller de suite et je garde mon blouson, le chauffage de la chambre ne se met en route qu’à l’introduction de la carte magnétique. Patience.

Je dépose délicatement mes papiers tout le long sur le radiateur, je n’ai pas assez de place car tout est trempé. L’hôtelier, un peu bourru, me prêtera un stylo bille pour que je puisse recopier les numéros de la carte grise, une fois sèche, devenus illisibles.

Visite de Carinena

121 Espagne Portugal 02Bourgade espagnole perdue au milieu de rien. Ici on cultive la vigne, et au bar ce sont des cartons de vin espagnol en promotion des différentes propriétés qui me sont proposés. À moto cela devient impossible, dommage car je pense qu’il y avait de bonnes affaires.

Une arène magnifique trône à l’entrée du village, des tableaux de corridas sont partout présents dans les couloirs de l’hôtel.

J’ai prévu trois semaines de voyage mais dans mon esprit je sais que ce sera sûrement moins. J’ai prévu large pour pouvoir avoir l’esprit tranquille, c’est important pour moi de faire ce break : ma profession d’infirmier anesthésiste ne me ménage pas et demande une attention constante, source de fatigue.

Le lendemain, petit-déjeuner offert par l’aubergiste car le chauffage n’a pas fonctionné correctement. Il y a eu une panne de chaudière, certes le radiateur faisait beaucoup de bruit, mais j’ai eu très chaud : je me suis servi royalement au bar, jus d’orange, croissants café. C’est une bonne surprise, je m’en sors pour 30 €.

Heureux les possesseurs du régulateur de vitesse !

C’est dimanche, on est le 7 avril, direction Sagunt par la côte.
La route est magnifique, il fait très beau mais aussi très froid, 5 degrés ce matin, je n’ai pas froid sauf au bout de trois doigts de la main droite qui n’est pas protégée du vent et que je ne peux pas bouger régulièrement.

Grand froid sur les plateaux espagnols !

Je croise une voiture toutes les 30 minutes, autant dire que je suis seul sur ces grandes plaines. Je roule à 90 km/h pendant 50 km, le temps de m’habituer à ce froid glacial. Je vois la neige au dessus de moi sur les hauteurs, les plateaux espagnols ici sont tous perchés à 1100 mètres d’altitude. Je me cale à 110-120 km/h.
Finalement c’est intenable la piqure du froid sur les doigts est insupportable. Je dois m’arrêter dans une station, je fais le plein et me réchauffe.

Maintenant il fait beau et sur mon téléphone je vois qu’il fait 9°. C’est supportable et presque agréable. Plus je me rapproche de la côte méditerranéenne, plus il fait chaud.
Régulièrement aux arrêts on vient me demander si tout va bien, si j’ai besoin de quelque chose, si je suis perdu. J’apprécie cette empathie pour le motard et je suis reconnaissant de tant d’attention à mon égard.
Je suis détendu, j’ai la communication facile, aussi j’ai besoin des autres pour avancer en sécurité, pour ne pas me perdre. Je croise trois motards qui me distancent sur cette longue route droite, les motos sont toutes des sportives et la vitesse à laquelle ils me doublent est en dehors de la légalité. En quelques secondes je ne les vois plus.

Au départ, la ville de Sagunt était un objectif de point de chute pour la nuit mais j’ai dû revoir mon timing. Peu importe, je me dirige vers Valence. Je ne veux pas entrer dans la ville, elle ne m’intéresse pas car j’y suis déjà allé il y a quelques années.
Je la contourne, il fait très beau et une nouvelle fois j’ai le moral au top. Je suis motard, je me comporte en motard. La rocade de Valence se charge de voitures, je reste prudent et attentif à tout obstacle possible. Un accident vient de se produire entre deux voitures sur ma droite il y a quelques minutes à peine, il y a des blessés et la police est là. Impossible de m’arrêter sans moi-même me mettre en danger sur cette rocade à trois voies, trop de voitures et la configuration des lieux ne s’y prête absolument pas. Je continue avec un petit pincement, mais je n’ai pas d’autre choix possible.

Les orangers sont en fleurs, quel bonheur !

121 Espagne Portugal 03L’air se remplit d’une odeur que je connais et que tout le monde connait, les orangers sont partout, et la fleur d’oranger libère son parfum incroyable partout dans l’atmosphère…

Cullera ville de bord de mer

Elle est cachée derrière une haute colline. J’ai réservé un hôtel sur Booking. L’accueil est chaleureux, on est hors saison et il y a peu de monde. La moto restera la nuit dehors, l’hôtelier m’assure qu’il n’y a aucun risque et prend en exemple un scooter qui est là depuis longtemps.

La plage est incroyablement belle, l’eau cristalline, c’est un spectacle exceptionnel, les vents puissants du jour ont lissé le sable, pas une trace de pas au sol n’est visible. Je fais le tour de cette ville, je m’alimente chez les vendeurs de légumes, au marché local.
Je visite le château, il y a de quoi se promener sur les hauteurs sans se lasser, chaque crique réserve un panorama différent. Je reste une nuit de plus.

Le départ le lendemain se fait tranquillement sans stress. Pas d’objectif bien précis, je veux absolument aller à Calp (prononcer Calpé) pour peut-être y dormir, des hauteurs de Google l’endroit semble prometteur. Je suis la nationale 332 et les lignées d’orangers. Je voudrais m’arrêter pour cueillir quelques oranges mais la chaussée est en pente partout et il est impossible de béquiller une moto de 240 kg sans chuter à coup sûr en perdant l’équilibre.
Finalement après une série de virages virevoltants, j'arrive à Calp.

Calp, ses plages, son village médiéval…

La ville se révèle jolie. Il y a du vent, je bois un coup sur le bord de mer… J’ai vu de près la fameuse presqu’île et son rocher dénommé Ifach que je tenais tant à saluer, et surtout je n’ai pas ma dose de trajet, j’ai envie de rouler encore.

Alfas del Pi

C’est à côté et au sud de la ville d’Altea. C’est magnifique, je recommande. Cependant j’ai une déception car la plage est faite de petits galets blancs et ronds de tailles croissantes, des plus petits au bord aux plus gros près du bord de route. Moi qui pensais trouver un beau sable blanc, inutile de dire que l’eau est froide mais toujours avec cette teinte vert bleu émeraude.

Altea et sa vieille ville…

121 Espagne Portugal 04À visiter absolument. L’hôtel que j’ai trouvé est un 4 étoiles avec tarif promotionnel de saison. Le personnel est peu accueillant, l’hôtesse d’accueil se met à pleurer en discutant avec sa collègue, je comprends qu’il y a eu un décès dans sa famille. Le début de nuit est éprouvant comme souvent en Espagne. Les gens parlent fort, les portes claquent et le sans-gène me rend nerveux. Je patiente pour dormir.

Je voulais me poser à Benidorm, c’est à 30 ou 40 kilomètres plus bas et plus je m’approche plus je suis stupéfait. Des immeubles hauts de 25 ou 30 étages sont visibles de loin. On ne dirait pas l’Espagne que je connais, c’est New-York. Impossible pour moi d’y passer, ce n’est pas ma philosophie du voyage et de la découverte, je préfère le côté petite ville.

Du coup je prends l’autoroute direction Alicante, mais là aussi le doute est bien présent. Ce que je viens de voir ne m’intéresse pas et Alicante va sûrement se dessiner comme la ville de Valence : une immense cité avec un vieux bourg inaccessible et risqué à deux roues.

J’embraye sur l’autoroute il est encore tôt, le vent se lève, des bourrasques de plus en plus fortes me bousculent et me font changer de trajectoire régulièrement. Je suis un peu perdu, je n’ai pas de GPS embarqué sous les yeux, seul mon téléphone portable me guide.
Je suis épuisé et il est à peine midi. Le vent m’a obligé à me concentrer, à serrer le réservoir, à compenser les mouvements involontaires. Je m’arrête pour déjeuner dans un bar.
C’est excellent, je me régale et au lieu de prendre une bière je fais local avec le « café con leche ».

En me renseignant aux stations d’essence et en ayant bien étudié la configuration du relief, je me rends compte que plus je descends plus le vent est fort, je crains de trouver de la neige si je me rapproche trop de la Sierra Nevada.
La décision est prise je vais passer par le haut pour éviter une météo qui s’annonce capricieuse et dure, je viens d’en avoir un exemple.
Mon objectif : la ville d’Albacete, ce sera mon point de pause ou mon point de chute pour la nuit, j’ai décidé d’aller à Cordoue. Quand on prend une décision, il faut s’y tenir et ne pas regarder derrière, se fixer sur l’objectif. J’alterne nationales et autovias gratuites. Le vent m’épuise, il me faut une détermination forte pour rester concentré et ne pas m’agacer et prendre de risque, je roule de 90 km/h à 110 maximum impossible de faire plus.

La météo se dégrade, il pleut par intermittence…

Je vois mon objectif s’éloigner de mes capacités physiques doucement. Je me perds, me trompe de sortie d’autoroute et m’engage dans la mauvaise direction. Au dernier moment je vois le panneau de ma destination sur ma droite s’éloigner, je peste, je maudis la signalétique, et me voila parti pour 30 km minimum dans le mauvais sens.
Je commence à essorer la poignet de gaz pour en finir vite, je me penche sur le réservoir pour avoir moins de prise au vent et me cale à 140-150 km/h.

Je sors de l’autoroute, j’avais bien pensé au début sur les premiers 200 mètres faire demi-tour. Il n’y avait personne mais je suis bien éduqué et sage. J’ai préféré poursuivre dans la mauvaise direction. Là je ne comprends rien, pas de panneaux explicites, des ronds-points partout, le GPS me dit de faire demi tour. Inacceptable pour moi moralement de me tromper à nouveau, je prends une petite route parallèle à l’autoroute direction le sud et j’allume.
Je regarde loin, chiens, tracteurs, trous, biches, sangliers, graviers, tout est possible pour la chute, mais même en pleine campagne la route est belle et propre.

Je demande de l’aide dans une station et l’employé me conseille de continuer mais en mieux me montre sur une carte un raccourci en diagonale pour couper à travers la campagne. Je doute un peu, mais je suis fatigué, le ciel se couvre de plus en plus. Le vent me lamine le moral, il est toujours aussi tenace, au loin le ciel est violet presque noir.
Ça y est je suis enfin dans la bonne direction. Je me calme et m’inquiète car il pleut un peu. Ce que je vois arriver m’annonce des trombes d’eau, je cherche un abri pour dormir.

Vent violent, rideau de grêle : la totale !

Tous les hôtels sont fermés, seules quelques stations désertiques m’abritent le temps de laisser passer un orage intense dans ces plaines venteuses. Je poursuis et me voilà sous un orage de grêle que j’ai vu arriver sur moi. C’est un rideau de grêle qui m’assaille, je ne peux même pas doubler un camion tellement la route se couvre de blanc et le vent me pousse de tous les côtés, je ne peux que ralentir et attendre. Je me mets sur la gauche pour tenter le dépassement mais une nouvelle fois c’est trop risqué.

Les routiers sont sympa !

Sans que je le comprenne de suite, le chauffeur du camion a vu mon désarroi, il accélère et vient me dépasser de quelques mètres, il se cale à ma hauteur et me protège du vent et de la grêle. J’ai un sentiment énorme de remerciement que je ne peux témoigner au chauffeur tant la visibilité est délicate. Nous continuons pendant 5 km de cette manière, puis à l’accalmie, je fonce en le saluant largement du pied. Une nouvelle fois, merci monsieur.

Chaque fois je me dis bon, là, cette fois, à cette ville tu t’arrêtes et puis finalement je continue. J’ai pris ma décision, la prochaine sera la bonne. Je suis épuisé, la ville s’appelle Manzanares.

Manzanares

121 Espagne Portugal 05Je rentre dans cette ville trempé. Je ne suis pas mouillé, seul mon pantalon est mouillé. J’ai trois épaisseurs, un fuseau, un jean, et un imperméable. Je demande à un promeneur le nom d'un hôtel. Il est dans le centre ville, je me tiens à cette information. Je fais de l’essence, et à des gamins de 14 ans qui gonflent les pneus de leurs vélos je leur demande où est ce fameux hôtel. J’ai droit à droite, à gauche et en face et à droite, tout droit…
Je dois faire une drôle de tête parce qu’ils décident de m’y amener. Je suis satisfait, fatigué mais heureux de savoir que bientôt je pourrais me réchauffer s’il y a une chambre de disponible.
L’hôtel est extraordinaire, typique espagnol, massif et joli, tout en bois sombre. Une place couverte et gratuite pour la moto. Maintenant, il faut tout sécher sur les radiateurs.
Je visite la ville qui n’a rien d’extraordinaire mais j’ai suivi les recommandations de l’hôtelier.

Maintenant mon objectif est Cordoue. Ce matin il fait beau et un peu froid. Plusieurs fois pendant ce trajet je me suis demandé si j’avais pris la bonne décision de couper par le haut. Je ne saurais pas, la seule chose dont je suis sûr, c’est que plus on descend dans le sud par la côte, plus la région se désertifie et l’on m’a conseillé d’éviter le désert des Tabernas où il n’y a rien pendant 100 bornes.

J’ai un petit réservoir d’essence de secours de trois litres et moralement c’est confortable, mon réservoir de 17 litres c’est une fois révélé trop juste entre deux stations créant une source de stress supplémentaire, je ne voulais pas revivre cette situation pénible.

Go, plein sud !

Je pense à ce moment-là que j’ai eu droit à toutes les conditions météo. Ce matin j’ai vu la brume se lever sous l’assaut du soleil, les taureaux au loin. Mais bientôt des panneaux m’indiquent qu’il y a un risque de verglas. Je stresse et envisage de m’arrêter si besoin en attendant que le soleil réchauffe la route si vraiment cela s’avère nécessaire, je poursuis.
Je double les camions qui me doublent eux-mêmes dans ces collines que les chauffeurs connaissent par cœur. Le danger s’éloigne, l’espagnol est traduit en arabe de plus en plus souvent… Le sud est proche.

Cordoue

Je me demande pourquoi faire une si grande ville au milieu de rien. J’ai repéré mon hôtel réservé la veille, il est en face de la Mezquita. Il est tôt, peut être midi… Plus je m’approche plus il y a de monde et me voila sur de petites rues pavées et glissantes.
Quelle idée j’ai eu ! À aucun moment je n’ai pensé aux touristes si nombreux, la semaine sainte approche.

Mon hôtel est formidable, bien typique andalou et pas cher du tout, 35€ la nuit. J'ai laissé la moto dehors à côté de la grande porte de la Mezquita et le temps que je fasse les papiers à l’accueil, le fourgon de police que j’ai vu passer devant moi il y a 10 min est stoppé, un officier est en train de sortir des papiers pour me verbaliser.
J’explique la situation, la difficulté de rouler plus loin tellement il y a de monde et j’explique que j’ai pris un parking souterrain où d’ailleurs je paierai 6 € la nuit. Ils me laissent partir en me demandant ce que j’ai dans mes sacoches. J’explique que c’est mon appareil photo. Je pense en même temps au risque d’attentat et pour eux la possibilité qu’il y ait un explosif dans mes valises.

121 Espagne Portugal 06Cordoue est une ville magnifique et extraordinaire, une de mes préférées après Grenade qui est magique.
Je reste deux nuits dans une petite chambre ridicule mais confortable. Il n’y a aucune isolation, il ne fait jamais très froid et je dois me rendre à la première pharmacie pour acheter des bouchons d’oreilles en silicone pour pouvoir dormir tellement j’entends les gens discuter et s’amuser dans la rue en bas de ma fenêtre.

De quoi régaler mes papilles !

J'assiste à des convois de chars portés par des enfants dans des nuages d’encens. Sur la place de la Corredera je mange le plus beau sandwich de ma vie, énorme, poulet chaud en quantité, salade. Bravo ! Ne pas oublier en haut de la grande avenue, le chocolat chaud extraordinaire et cependant différent de celui de Grenade (plus épais encore), le tout accompagné des fameux churros.

La semaine sainte approche et toute la ville s’habille de rouge et de barricades. Je pense à partir avant l’explosion des touristes asiatiques qui arrivent par convois entiers. C’est trop pour moi. Départ demain.
Mon dilemne : continuer vers le sud pour l’Algarve en passant par Séville que je connais déjà et à nouveau affronter les vents puissants, ou remonter vers le Portugal pour aller faire des photos de surf sur la côte portugaise.

C'es décidé, direction le Portugal !

La météo est mauvaise, je peste, maintenant je sais ce que veut dire rafales de vent à 60 km/h, et je n’ai pas très envie d’affronter à nouveau ce climat. Ma décision est prise ce sera le Portugal. La ville que j’ai choisie, point intermédiaire pour aller à Espinho, s’appelle Évora.

Toujours la même chose, de longues lignes droites désertiques. Mon premier contact avec le Portugal est la barrière de péage et la qualité de la route qui n’est pas la même que celle en Espagne. C’est monotone, je m’arrête et vois un homme qui visiblement ne peut plus conduire. Il a le dos meurtri. Il s’allonge, reste longtemps au sol, sa femme reste dans la voiture, je pense à la hernie discale ou au lumbago si douloureux. Il rentre péniblement dans sa voiture comme un vieux de 90 ans…

Je quitte l’autoroute et mon premier contact portugais est un 4x4 qui me fait une jolie queue de poisson, je peste de colère. Je me rends compte que les portugais ne conduisent pas comme les espagnols, c’est autre chose, ils sont pressants et pressés.

Les routes d’ Évora ne sont constituées que de gros pavés noirs au sol. Plutôt glissants d’ailleurs à l’approche de l’hôtel, que j’ai mis des plombes à trouver. En freinant en côte je commence à glisser en arrière, et je dois rapidement accélérer pour ne pas tomber. Aucune place pour se garer, tout est payant partout.

Évora ville étonnante…

121 Espagne Portugal 07Elle mérite le détour. La cathédrale et la chapelle des Ossements valent une petite visite. La place est intéressante, seules les boutiques chinoises de souvenirs me révoltent car tout est de la contrefaçon grossière. Les commerçants locaux sont désemparés et j’achète chez eux bien sûr.
Ma chambre est chouette, l’hôtel typique, la sonnerie de la porte d’entrée sonne à chaque passage de client qui entre ou qui sort. Cela va-t-il se prolonger la nuit ? La jeune réceptionniste m’assure que non. Ouf.

Départ pour la ville d’Espinho si vantée pour sa belle plage et ses conditions de surf. Nazaré en ce moment, est d’un calme plat. Je suis terriblement déçu. Je ne ferai donc pas de photo de surf.

Pendant mon trajet sur l’autoroute, je me trompe à nouveau et je pars dans la mauvaise direction… Je voudrais faire demi-tour mais je ne le fais pas et heureusement ! Une voiture de police arrive en face dans les minutes qui suivent. J’ai eu chaud !
Retour à vive allure pour rattraper le temps perdu. Maintenant ce sont les odeurs des eucalyptus qui m’enivrent.

Espinho

Ma première impression est mauvaise, j’ai l’habitude des bords de mer et je sens que je vais être déçu, c’est plutôt moche, aucune harmonie. Mon hôtel est difficile à trouver, beaucoup de sens unique. La mer est mauvaise, il y a une compétition de surf mais rien d’extraordinaire sur une mer agitée.

Je me balade longuement et ma déception va grandissante. C’est une ville côtière de pêcheurs avec des quartiers pauvres. Je rentre dans une guinguette de pêcheurs où la musique bat son plein. Je sors assez rapidement.
Les deux barques typiques que l’on voit sur toutes les photos sont bien seules sur cette plage. Une vieille dame vend des marrons chauds, il ne fait pas très chaud. Un étal de petits poissons à la criée est assez sollicité, on achète en gros, ce sont les femmes qui vendent.
Je bois une bière dans un bar de sportifs, supporters de foot, où l’on fume sans complexe. Les maillots blancs sont jaunes de nicotine.

J’ai très envie de partir assez vite, je mange dans un restaurant où l’on paye au poids sa consommation. C’est assez original, le prix raisonnable et j’ai très bien dîné. Le concept est intéressant, j’ai reçu un accueil très chaleureux.

Le matin du départ, impossible de prendre le petit-déjeuner que j’ai payé la veille, le gardien reste allongé dans sa couverture sur son canapé. On m’avait dit 7h30, je patiente 10 min mais rien ne se passe, le livreur passe quand je pars le ventre vide à 8h.

J’ai décidé de retourner en Espagne, je ne connais pas la ville de Porto mais je ne souhaite pas y aller. Je me dirige vers Leon (Espagne) dans le nord. Je suis parti tôt pour éviter le vent violent, mais je ne peux finalement pas y échapper…

Je sais maintenant pourquoi l’Aveiro est vert. Je suis pris dans un brouillard épais où je ne vois rien à 50 mètres. Je suis une voiture à distance raisonnable qui a les warnings allumés, ce qui n’empêche pas de nous faire doubler à vive allure. On nous serre de trop près.
Je fais signe de ralentir, une distance de quelques dizaines de mètres s’installe entre les véhicules et je n’en vois pas la fin.
Le soleil se lève, l’Aveiro est très vallonné, c’est vert, c’est agréable mais il fait froid. Il y a toujours autant de vent, et je viens d’essuyer une belle averse, je suis maudit. À chaque pont suspendu, les flammes sont au zénith. Les paysages sont immenses. Grandiose, c’est beau.

Il fait maintenant beau, toujours frais. Le trajet facile, le vent s’intensifie mais j’arrive avant le pire. J’ai tenu une allure soutenue pour éviter, comme la météo l’annonce en alerte rouge, la montée en puissance des vents en rafales, il était temps.

Aveiro sur la côte ouest du Portugal

121 Espagne Portugal 08En ville, je mets encore une plombe à trouver mon hôtel malgré les indications précises de mon GPS qui me dit que je suis arrivé et je ne vois rien. Je me gare et je cherche, je demande. En fait l’hôtel était en hauteur et je ne pouvaispas le voir de la rue de là où je me trouvais.

La chambre est confortable mais empeste le tabac froid. Je laisse ouvert et je pars à la découverte de cette ville et de sa cathédrale si connue. La cathédrale est en travaux mais on peut la visiter. Je demande un audio-guide, la visite est longue et je commence en avoir assez des églises. Le reste de la vieille ville est sympathique et on y mange bien.

Mon budget est entamé, mais reste raisonnable. J’ai dans l’idée de stopper à San Sebastian pour une nuit ou Saint-Jean-de-Luz, je ne sais pas encore, mais je pars le lendemain tôt sans petit-déjeuner car tout est fermé me dit l’hôtelier, ce qui s’avérera faux…

Le froid à nouveau m’assaille gravement la main droite. J’ai mal. La route est plate, longue et désertique, le jour se lève doucement. Je vois les pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle au loin dans les prairies qui marchent bien couverts. Il doit faire un degré pas plus, ça caille. Je m’arrête car c’est impossible de continuer j’ai trop mal aux doigts, la sous-couche que j’avais prévu de mettre rend mes gants trop étroits et ne me sert à rien. À la station, le garagiste m’offre gentiment une poche de gâteaux. Je prends deux cafés con leche sans problème.

Sur la route à ma grande surprise, moi qui comptait prendre la nationale, je découvre de larges panneaux qui indiquent que l’autoroute est gratuite jusqu’en France, incroyable ! Alors plutôt que de tourner à ma gauche je tourne à droite…
Enfin il n’y a plus de vent, il fait beau et je peux allumer sans complexe.

J’ai gagné beaucoup de temps et la tentation de rentrer d’un trait est la plus forte. Direction Bordeaux par Bayonne.
Je reste concentré jusqu’au bout je ne lâcherai rien pour ma sécurité. Souvent pendant ma conduite je me suis dis ne t’endors pas, ce qui veut dire pour moi, ne relâche pas ta vigilance, reste à ce que tu fais. Je suis rentré fatigué, content, j’ai accompli mon voyage même si je ne l’avais pas imaginé de cette manière. J’ai vu de très belles choses un peu partout.

Ma seule angoisse a été de m’engager sur la rocade de Bordeaux à mon retour. Je me suis habitué aux trois voies si larges et où il y a peu de véhicules, ici on se retrouve à plusieurs à rouler serrés et trop proches les uns des autres. Ma chaîne moto est détruite, elle pend lamentablement et je n’ai rien entendu avec les bouchons d’oreilles.

C'est un récit d'aventures d'un voyage solo à moto compliqué à cause des conditions météorologiques particulièrement difficiles et franchement j'ai souffert pour notre ami Didier… Galères, galères*
*sur l'air de Misère, Misère de l'ami Coluche.

Bon, depuis, tout va bien pour lui, ouf ! Coco

 

 

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