Road-trip Harley sur la Route 66. Les USA d'Est en Ouest (deuxième partie)

Par Marie et Ludovic Lefèbvre de St-Pierre-Quiberon (56, Morbihan)

Voici la deuxième partie de cette superbe aventure (JDM n°110). Grands espaces, couleurs extraordinaires… Vertige et émerveillement sont au programme !

photo gauche

Si vous l'avez ratée, découvrez la première partie.

18e jour

Ce matin, le temps est un peu couvert quand nous partons pour Monument Valley via Natural Bridges National Park. La journée va être tranquille puisque nous avons à peine 200 km à faire avant d'arriver à notre motel.

Natural Bridge

C’est un canyon dans lequel l'érosion a créé, entre autres, de nombreuses arches. C'est gigantesque et les mouvements des roches érodées sont splendides. Le canyon est très profond, des lézards et des aigles s’en donnent à coeur joie.
Nous empruntons la route conseillée par le GPS, également indiquée dans les guides comme une route pittoresque.
Après une cinquantaine de kilomètres, des panneaux routiers qu'il y a du gravier sur la chaussée. À quelques distances de là, la route tourne et descend plus que brutalement ! Nous sommes engagés, c'est parti…
Sauf que cette route est en fait un chemin composé de terre et de graviers dont la pente est extrêmement forte. Les virages sont serrés mais le plus inquiétant n'est pas là. Sur le côté de la voie, il y a un à-pic vertigineux de plusieurs centaines de mètres et aucune rambarde de sécurité ni le moindre arbre pour espérer arrêter une sortie de route. Ceux qui ont vu le film "Le salaire de la peur" pourront se faire une idée. Tout dérapage finit directement au fond du ravin. De plus, l'orage menace fortement. Très grosse inquiétude de notre équipage ! Après un kilomètre, il faut nous rendre à l'évidence, un demi-tour s'impose.

Nous réussissons à sortir de cette route maudite pour nous faire rattraper quelques kilomètres plus loin par un orage monstrueux.
La pluie et la foudre nous encerclent et nous obligent à arrêter en catastrophe la moto sur le bord de la route et à nous blottir d'abord dans l'infractuosité d'une roche. Nous tentons de repartir mais les conditions empirent. Cette fois, la seule solution est de foncer s'allonger dans un fossé…
Une bonne demi-heure plus tard nous réussissons à repartir, transis, trempés et boueux.
Fière allure, les motards bretons…
Évidemment, avec l'important détour que nous avons dû faire, nous sommes presque à sec de carburant.
Tout finit par rentrer dans l'ordre et nous prenons rapidement la direction de Monument Valley.
Il faut arriver bien avant le coucher du soleil pour profiter du spectacle.
Route sinueuse à travers cet immense plateau creusé de multiples canyons dont le relief et les teintes sont à chaque fois différents.

Monument Valley, grandiose !

Road trip Harley sur la Route 66 2 0Nous n'avons pas vu de spectacle naturel plus beau dans notre vie.
La réalité est plus impressionnante, plus séduisante que toutes les images que nous avons pu voir de ce site. Cela dépasse l'imagination.

Nous arrivons au bon moment. Le sunset agit de toutes ses lumières.
Depuis le début de notre voyage, nous usons et abusons de superlatifs mais là, nous manquons de vocabulaire pour décrire cette merveille de la nature.
Nous restons évidemment très tard pour prolonger au maximum cet instant magique.
Nous arrivons, comme souvent, dans la nuit, dans un motel de Mexican Hat. Hébergement hors de prix, service minimum, accueil peu agréable, repas (enfin bouffe) infâme. Il semblerait que l'intérêt touristique influe sur le comportement des prestataires dans cette merveilleuse réserve Navajo.

19e jour 

L'engouement nous motive à partir à l'aube afin d'assister au lever de soleil sur cette merveille géologique. Étonnamment, nous sommes quasiment seuls au spectacle.
Nos commentaires sont inutiles, tout est dans les photos. 

Ensuite, nous partons pour le lac Powell.
Un barrage a permis de remplir le canyon Powell, le transformant en un immense plan d'eau artificiel.
Qui dit plan d'eau dit navigation, nous n'avons pas résisté à réserver des paddles ! Un peu compliqué à récupérer mais au final, nous partons pour une balade extraordinaire de 4 heures dans Antelope Canyon

Petits bémols dans cet endroit paradisiaque : une énorme centrale au charbon jouxte le site et le domine de ses trois énormes cheminées.
L'accès au bord du lac est payante. Sur la berge, une énorme marina accueille les bateaux de personnes très fortunées. Ce qui va bien avec l'aérodrome tout proche où les jets privés atterrissent en nombre. Image qui tranche avec les bidonvilles navajos installés à quelques miles et avec le cadre naturel exceptionnel.
C'est l'Amérique telle que nous la découvrons. Une grande liberté dans beaucoup de domaines, des disparités incroyables suivant les régions, des inégalités considérables entre les personnes.
Le soir nous dormons dans un bel Airbnb à Page, station balnéaire au bord du lac. Le St-Tropez de l'Arizona… 

20e jour 

Programme paisible. Nous avons réservé une visite d’Antelope Canyon puis nous devons nous rendre à Bryce Canyon (180 km).

Antelope Canyon 

Road trip Harley sur la Route 66 2 1Il s'agit en fait d'un ensemble de deux canyons séparés par la Highway 98 : l'Upper et le Lower, les deux appartenant aux Indiens Navajos.
Tout en étant extrêmement touristique (réservation plusieurs mois à l'avance), c’est quelque chose d'UNIQUE. Pas de comparaisons possibles, un lieu inimaginable. Nous vous laissons le plaisir des photos réalisées sans trucages !
Nous sommes ressortis subjugués par toute cette beauté naturelle.

Horseshoe Bend

Nous partons voir ce site vertigineux formé par un méandre du Colorado. L'à-pic est incroyable (340 m) et, chose surprenante, dans ce lieu extrêmement touristique, il n'y a aucune rambarde, aucune protection, rien !
Il passe des milliers de personnes par jour au bord du précipice, à chacun de se gérer, d'avoir du bon sens. Nous pensons qu'il doit y avoir de temps en temps un loupé…
Quand la visite est terminée, il fait 40 degrés à l'ombre et la météo annonce quelques orages.
La route est belle, nous arrivons tôt.

Kanab

Ce village, posé sur un plateau à plus de 2000 m d'altitude, appuyé sur les bords d'un canyon, fait penser à un village de montagne. Ambiance apaisante. Le soir, nous découvrons un bar sympa dans une ambiance de western. 

21e jour 

Direction Bryce Canyon. La route est belle, pleine de courbes conçues pour notre moto. Nous sommes dans un secteur giboyeux, prudence… Les bords de route, malheureusement, le confirment.
Nous découvrons une nouvelle facette de l'Utha. Paysages de moyenne montagne.
Tout est très vert, de jolis ranchs à taille humaine. Cette région correspond étonnamment à l'image que nous avions du Texas.
C'est paisible, un cours d'eau sillonne à travers les prairies, des chevaux cherchent la fraîcheur à l'ombre des arbres, des vaches prennent un bain. Tout cela est enchanteur.
La route continue de monter, nous sommes à 3000 m d'altitude, la forêt de conifères a remplacé les "alpages".
Ambiance forestière avec de douces odeurs de conifères. Nous apprécions particulièrement ces sensations après les longues étapes arides que nous avons eues.
Et puis la route bifurque, nous arrivons à Red Canyon, changement brutal de décor. La surprise est grande car la géologie si particulière de ce pays nous est totalement inconnue.

Red Canyon 

Ce site se présente sous la forme d'aiguilles rocheuses immenses, allant du rouge à l'ocre, parsemées de cèdres.
La route monte encore, nous arrivons sur un plateau boisé, très venté. Comme dans tous les parcs nationaux américains, l'entrée est payante. Ce qui est tout à fait compréhensible au vu des aménagements et des services.
Des cervidés nous attendent à l'entrée, ça devient une habitude !
Beaucoup de monde, de multiples nationalités sont présentes sur ce site immense. 

Et comme chaque fin de journée, la pluie et les orages se mettent en place. Il faut vite partir.
Descente vers les berges du Colorado dans une ambiance un peu apocalyptique. Nous sommes obligés de nous arrêter à la limite du territoire Navajo, bordé par le Colorado.
Arrivé à Marble Canyon, nous optons pour un motel intelligemment mis sur notre chemin. Ouf ! Le soir, nous allons apprécier la vie de ce fleuve incroyable depuis le pont.
Le soleil se couche derrière le canyon et sur le pont, un indien Navajo borgne cherche à vendre quelques bijoux de sa fabrication.
Le pont est presque désert. La scène est d'une tristesse infinie.
Il a une quarantaine d'années, sept enfants (avec qui il produit ses bijoux), pas de travail. Il habite dans un pauvre village de baraquements à une dizaine de kilomètres.
À distance égale, de l'autre côté, c'est l'opulence du lac Powell…
Nous discutons avec lui, lui achetons quelques produits. Il fait nuit, nous rentrons au motel, touchés au cœur. Moment chargé d'émotion. 

22e jour 

Malgré des prévisions météo peu encourageantes, nous partons tôt en direction du Grand Canyon.
Nous passons en territoire Navajo et traversons le Painted Desert. C'est un décor extraterrestre. Nous sommes sur Mars ! Teintes et formes sont hors du commun.
Ce désert se présente comme une longue plaine coupée en deux par la route et bordée par l'arête d'un canyon. C'est évidemment désertique, excepté les habitations misérables des indiens.

Nous passons par Cameron avant d'entamer la montée vers le haut plateau du Colorado. Encore de la très belle route pour les motards. Nous en voyons beaucoup, ce n'est pas un hasard. Premier arrêt à Little Canyon. Ce "Little" est déjà grandiose, vivement le "Grand" !

Le Grand Canyon

Road trip Harley sur la Route 66 2 2Ça y est, nous y sommes ! Toute la surface du plateau est boisée de cèdres qui diffusent une douce odeur. Des condors planent au-dessus de nous. Le panorama est presque infini.
On savait que c'était gigantesque, eh bien c'est encore plus, dans les trois dimensions. Et au fond de cet immense chaos de roches, coule paisiblement un fleuve, boueux en raison des nombreux orages. Par une organisation ingénieuse, le site n'est pas du tout envahi par les voitures.

L'immensité ne rime pas toujours avec beauté. Il faut venir au lever ou au coucher du soleil pour mettre des couleurs sur tous ces canyons.
Impossible pour nous, les nuages orageux du monsoon (phénomène météorologique propre à la région) nous imposent de redescendre.
Avant de partir, nous avons droit à la présence de deens, cervidés locaux, tout en bord de route. Pas du tout effrayés par la moto.

Puis, c'est la descente vers Flagstaff, où nous devons retrouver la Route 66. Encore une fois, elle est à l'abandon, totalement impraticable, fermée, parfois détruite, voire privatisée.
Nous passons par Bellemont où nous retrouvons le motel mythique de "Easy Rider". À l'abandon…
Par contre, le monument où les Navajos ont déposé les armes après leur défaite face à l'armée américaine, est très bien entretenu.

Nous repartons sur l'Interstate, il n'y a pas d'autre alternative.
Le soir, à Ash Fork, nous nous arrêtons dans une vieille boutique de la Route 66. Moment magique passé avec le propriétaire des lieux, passionné de musique des années 70. Nous en écoutons beaucoup, en sa compagnie, en buvant du café…
Nous passons la nuit dans le motel "pur jus" de ce village qui survit difficilement à l'arrêt de la Road 66.

23e jour 

Objectif de la journée : rallier Las Vegas après avoir suivi la Route 66 jusqu'à Laughlin. Comme souvent, la Route historique n'existe plus, nous prenons un long tronçon d'Interstate avant de retrouver les panneaux tant cherchés.
Nous traversons plusieurs villages témoignant d'une activité passée intense. Il n'en reste que les vestiges fantomatiques.
Et puis nous arrivons à Seligman. Ici, la petite bourgade a mis le paquet ! Les boutiques, un peu décrépies, vendent à qui veut du "Route 66" made in China. Un car de Japonais semble friand de cette marchandise…
Nous repartons vers l'Ouest, un peu dépassés par tout ça. 

Road trip Harley sur la Route 66 2 3Les paysages changent doucement, les canyons s'estompent pour laisser place à un relief de montagnes désertiques coupées de façon rectiligne par le Route 66. Des lignes droites de 23 km sans la moindre courbe sur une route de campagne, c'est habituel ici.
Encore quelques villages indiens, tout aussi misérables qu'en territoire Navajo, mais nous sommes chez les Hualapay. Ils vivent sur la rive Ouest du Grand Canyon.
Le relief s'accentue. Finies les lignes droites, nous roulons maintenant sur une route de montagne, très étroite, en bord de petits ravins sans rail de sécurité ni talus.
Nous apercevons deux carcasses de voitures en contrebas…
Virages en épingles à prendre à 10 km maxi. Décidément les Harley ne sont pas des motos faites pour la montagne, mais ça passe. 

Le secteur est orifère, d'anciennes mines sont visibles. Et la route débouche dans un village minier des années 1800. Les ânes (descendants de ceux utilisés à l’époque pour tirer le minerai) se promènent dans l'unique rue. Ils ont une vie bien plus paisible que celle de leurs ancêtres.
Ce bourg montagnard a conservé son état d'origine mais derrière les façades, se cachent désormais des boutiques à touristes.
45 degrés à l'ombre, l'air est brûlant, nous repartons. La chaleur est telle que nous roulons visières fermées, pour nous protéger du souffle brûlant de l'air.

Laughlin 

Nous avons le bonheur de retrouver le Colorado. La ville a basé son tourisme sur l'espace aquatique. Jet-skis et hors-bords dans tous les sens, odeurs de carburant et bruits de moteurs forment le paysage. Nous y prenons malgré tout un bain rafraîchissant. À l'ombre, il fait plus de 40 degrés avec des pointes à 46. Tout est sec et brûlant.
Nous repartons, cette fois en direction de la très renommée Las Vegas

Tout d'abord, c'est le désert, le vrai. Des cactus, des yuccas, quelques palmiers, des aigles.
Route à 10 voies, rien sur les côtés hormis la plaine désertique.
Et puis, progressivement, les lignes électriques à haute tension, les champs de panneaux solaires, les avions et les hélicoptères remplacent tout ça, nous arrivons à Las Vegas.

Las Vegas 

Ville énorme en plein désert. Tout est artificiel, nous y passons la soirée, en curieux.
Il fait nuit mais la température ne baisse pas (41° à 23h…), excepté dans les halls climatisés des commerces, toutes portes ouvertes ! Des brumisateurs fonctionnent en continu au-dessus de certains cafés "extérieurs".
Débauche de lumières, de casinos, de limousines, de palaces, de tenues de soirées, de mendiants, de drogués. Mais les restaurants ferment à 21 h 30 !
Même l’Airbnb que nous avons réservé sur place est décevant.
Nous y passons la nuit, pressés de retrouver l'autre image de l'Amérique. 

24e jour

Road trip Harley sur la Route 66 2 4Nous quittons le Nevada et Las Vegas sans regret, sous une chaleur déjà étouffante.
Nous revenons à Laughlin, pour reprendre la Route 66. Nous devons traverser le désert Mojave, mais cela semble une formalité puisqu'aucun guide touristique en notre possession ne donne de détails.
Un dernier petit bain dans le Colorado, au milieu des jet-skis. Nous avons l'impression de nager sur un parking, au bord d'un circuit automobile… 

Nous repartons, la route monte et nous éloigne définitivement de la vallée du Colorado.Très longtemps, nous longeons la voie ferrée sur laquelle des trains de marchandises d'une longueur infinie circulent lentement. Certains trains nous font signe, d'un son de corne puissant. Ambiance de film !Et puis le désert s'installe, entre sommets pelés, maisons et véhicules à l'abandon.Nous avons de l'eau, du carburant, la moto tourne bien, nous sommes sereins.Arrive un croisement de routes. Un panneau et des plots indiquent que la Route 66 est barrée et qu'il faut prendre la voie de contournement à droite. Pas de problème, nous suivons les indications.Après quelques kilomètres, nous constatons que l'état de la route se dégrade et que ça devient dangereux d'y faire passer la moto. Demi-tour, on ne prend pas de risques.Deux solutions : revenir sur des dizaines de kilomètres pour prendre l'autoroute ou tenter la Route 66 fermée.

Nous optons pour la seconde option, nous passons entre les plots et hop, en avant sur la "Mother Road".
Super, c'est très roulant et il n'y a personne, le désert est à nous !
Après quelques dizaines de kilomètres, nous passons sur de petits ponts qui sont balisés par des plots, la moto passe facilement. 

Plus loin, beaucoup plus loin, nous arrivons devant un pont mais là ça devient compliqué, il est écroulé. Pour passer, il faut emprunter un chemin de terre sablonneuse dans le lit du cours d'eau.
Pas facile, mais ça passe.
La situation se répète sept fois, notre crainte étant de faire chuter la moto sans pouvoir la relever.
Puis nous rencontrons des ponts semi-écroulés.
Impossible de faire demi-tour, nous sommes en plein désert, sur une route fermée, le soleil va bientôt se coucher. Mais côté thermomètre, c'est toujours suffocant : 42°… et nous avons, bien entendu, notre tenue de moto.
Nous prenons le risque de passer dessus. 

Après des heures quelques peu inquiétantes, nous retrouvons enfin la civilisation dans une vieille station-service avec motel à l'abandon.
Ambiance particulière, pompiste silencieux et austère… nous restons juste le temps de faire le plein.
De nuit, nous sortons du désert dans un village de quelques maisons. Pas de chance, le motel affiche complet.
Il faudra réviser nos lectures de guides, le désert Mojave est un vrai désert, à traverser avec prudence, en évitant d'emprunter les routes barrées !

Finalement, après avoir repris l'autoroute, nous arrivons tard à Barstow.
Nous avons raté de peu « Bagdad Café » mais nous sommes réellement soulagés.
Nous dormons à Barstow, en Californie pour la première fois. 

Retrouvez Marie et Ludovic dans la fin de leur fabuleux voyage aux USA :

Troisième partie à découvrir,
Sacoche réservoir complète,
Première partie de leur road trip.

  

signature cendrillon


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